Le carnaval et ses nombreuses danses sont régies par une série de règles qu'il est bien difficile pour un « gringo » comme moi de percer à jour, et le carnaval lui même suit un rythme bien particulier où rien n'est laissé au hasard. Si la ferveur populaire est incroyable au carnaval d'Oruro, les danses et leurs costumes respectifs ne le sont pas moins. Chaque année ce sont des centaines d'artisans qui travaillent toute l'année pour renouveler entièrement les milliers de costumes et de masques des danseurs.
La majorité des danses boliviennes expriment la rebellion des communautés natives contre l'envahisseur espagnol qui installa dès les débuts de la conquête l'exploitation des richesse comme système de gouvernance et de domination sur les indiens au profit de la couronne espagnole.
Les premiers groupes folkloriques donnent d'ailleurs à leur représentations chorégraphique un fort sentiment idéologique, caricaturant les conquistadores.
Par exemple, la diablada montre la rebellion contre le système de la Mita
ou travail obligatoire dans les mines d'argent. C'est une protestation contre l'imposition de la religion et des valeurs étrangères. Les paroles de Lucifer sont sans équivoque: « Ho!
Compagnons! En cet instant de jubilation infernale, faisons flamber notre bannière noire contre nos ennemis!" et le choeur des diables de répondre: « Guerre aux chrétiens,
Haargh! ».
La morenada également montre la rebellion. Cette danse est l'expression des
esclaves noirs importés au nouveau monde dans les mines avant de terminer dans les haciendas des zones tropicales boliviennes pour cultiver la coca et élaborer le vin. « Ecrase, écrase,
compagnon, avec vigueur dans les vignes de Marie nous travaillons avec vigueur! » raconte la chanson d'adieu de la Morenada. « Ce nègre de Caporal ne nous laisse pas nous reposer,
étant du même sang que nous, il nous fait travailler comme des boufs ».
Mais la danse qui se souvient avec le plus de réalisme de l'époque coloniale est la danse des Incas qui possède comme personnages le roi Inca Atahuallpa, Fransisco Pizarro,
Diego de Almargo, des douzaines de ñustas (Princesses Incas) et fait furieusement penser à l'histoire du dernier roi Inca Manco Kápac. Il s'agit d'une danse hommage au Soleil (Tata Inti) et à
la Lune (Mama Quilla). « Ah soldat barbu au large cou, par quels chemins t'es tu perdu, quel tourbillon t'a amené ici. Tu ne t'es pas rendu compte que je suis le Roi Soleil et que j'ai
beaucoup de pouvoir? Que je suis celui qui ordonne au Soleil et à la Lune? Le texte des chansons raconte une partie de la conquista...
D'autres danses revendiquent des valeurs traditionnelles et sont un hommage a la relation entre les Hommes et le Monde qui les entoure (la Nature). La Llamerada par exemple raconte la relation entre les pasteurs et leur troupeau de lamas, le Tinku la rencontre entre les communautés du Nord de Potosi, les Tobas les indigènes des rives du fleuve Pilcomayo et du Chaco, .
Enfin, un troisième groupe de danses est caractéristique de l'évolution du Carnaval d'Oruro même, et exprime des réalités plus moderne de la société bolivienne."
Autres danses analysées par Vince et Manu : caporales, negritos, suri sicuri
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